22- La visite

Publié le 5 Mai 2013

Abrahel m’attendait au coin de la rue en trépignant d’impatience.

- Faut pas qu'on rate le bus, m'expliqua-t-elle. On va être en retard pour la visite.

Je tentai d'en savoir plus sur cette histoire de bus, de retard et de visite, mais elle ne semblait pas disposée à m'en dire beaucoup plus. Elle consentit seulement à me dire que cela concernait notre "futur repaire". Ce qui m'inquiéta un peu. Car compte tenu de nos moyens financiers (c'est-à-dire des miens, c’est-à-dire rien) et de la rapidité avec laquelle elle avait mené ses recherches,  j'imaginais qu'elle avait déniché une sorte de squat glauque qu'il nous faudrait monnayer auprès d'un type louche, genre un dealer ou un proxénète (ou les deux). Et cette perspective ne m'enchantai guère. Aussi montai-je dans le bus avec une certaine réticence.

- Tu vas faire la gueule encore longtemps? me demanda Abrahel d’un air exaspéré alors que les portes du bus se refermaient.

Je jugeai utile de ne pas répondre à cette provocation. Je m’assis en silence et posai mon sac de voyage sur les genoux.

 

Je fus passablement surpris lorsqu’Abrahel nous fit descendre à un arrêt situé dans le quartier le plus chic de la ville. Et je fus encore plus surpris lorsqu'elle désigna un immeuble à deux pas de l'arrêt de bus et qu'elle m'annonça:

- C'est là.

- C'est là quoi?

- Le numéro sept.

Le chiffre sept était en effet gravé sur une petite plaque dorée à côté de la porte. Mais cela ne m'avançait pas beaucoup. Abrahel s'avança sur le perron et sonna à l'interphone.

Un voix métallique répondit et Abrahel se présenta:

- Bonjour, je viens de vous avoir au téléphone concernant la visite.

- Entrez, répondit la voix. C’est au deuxième étage, je vous attendrai sur le palier.

Un petit grésillement et la porte de l’immeuble s’ouvrit.

De l’extérieur, cela faisait penser à une résidence de ministre. A l’intérieur, c’était Versailles. Alors que nous traversions le hall qui ne semblait constitué que de marbres, de dorures et de miroirs, je tentai à nouveau d'obtenir un tant sois peu d’information sur la raison de notre présence ici:

- C’est quoi le plan? demandai-je.

- Je te l’ai dit, fis Abrahel d’un air absent. Une visite.

- Mais une visite de quoi? Quelque-soit ce qu’il y a à visiter, c’est sûrement hors de prix!

Elle ne m’écoutait pas. Son attention était focalisée sur quelque-chose de bien plus important: l’ascenseur qui se trouvait au pied du grand escalier. Elle l’observa un instant avant de requérir mon avis:

- Il est un peu petit, non?

Non, il ne l’était pas. Il était de dimension tout à fait ordinaire.

- C'est vrai qu'il est un peu juste, commentai-je. Si on veut y mettre un piano à queue ou un tractopelle...

Elle ne releva pas cette remarque subtilement teintée d'ironie dont j'étais pourtant assez fier.

- On devra s'en contenter, conclut-elle en attaquant les escaliers.

 

Rédigé par Béranger Jouvelle

Publié dans #livre 1

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