1- L'invocation

Publié le 20 Février 2013

J’ai reçu aujourd’hui un colis contenant le dernier élément manquant pour l’invocation: des menstrues d’une vierge de quinze ans. Je les ai dénichées sur e-bay pour un quatre euros soixante-quinze (enchères remportées durant les dix dernières secondes). Le vendeur, un roumain assez affable bien que disposant d’un vocabulaire limité en anglais, m’a assuré de la qualité de l’échantillon qu’il me faisait parvenir, m’expliquant qu’il réaliserait le prélèvement lui-même. Il m’a aussi garanti que ce qu’il faisait était tout à fait légal, ce qui m’a plus inquiété qu’autre chose... Bref. Quoi qu’il en soit, j’aurais franchi dans quelques heures une étape majeure dans mon projet de conquête du monde, d’extermination et d’asservissement de l’humanité. Je trépigne d’impatience, mais gardons la tête froide. L’invocation risque d’être longue et épuisante, il faut donc que je veille à prendre des forces: une bonne sieste, un bol de chocapics et je m’y mets.

 

Au diable les chocapics. Après une micro-sieste de deux ou trois heures, j'ai décidé de me lancer. Tout est prêt. J'espère sincèrement que l'invocation va fonctionner, car si je ne suis pas devenu le maître du monde d'ici ce soir, ma mère va me tuer lorsqu'elle se rendra compte que j'ai dessiné un pentagramme sur le sol de ma chambre. J'ai disposé des bougies aux extrémités de l'étoile à cinq branches tracée à la craie, et au centre du pentagramme j'ai placé les menstrues de vierges ainsi que les autres ingrédients nécessaires, tout aussi dégueulasses, soit dit en passant. Je me demande d'ailleurs comment j'ai pu conserver un corbeau mort dans mon placard sans être plus incommodé que ça par l'odeur. Je dois vraiment faire preuve d'une détermination sans faille... Tout est prêt. Il ne me reste plus qu'à réciter l'invocation, et advienne que pourra.

 

Soyons honnêtes, cela ne s'est pas tout à fait passé comme je l'avais imaginé. J’ai récité l’invocation, exactement comme indiqué sur le forum français des adorateurs des Satan, et dès que j’ai eu prononcé le dernier mot, elle est apparue, juste devant moi, au milieu du pentagramme. Il n’y a pas eu d’éclair, de fumée, d’ouverture de portail démoniaque ou quoi que ce soit évoquant un minimum de mise en scène. Il n’y avait personne, et l’instant d’après cette fille était là, sur le carrelage de ma chambre, accroupie, en position foetale. Elle a redressé la tête et j’ai alors aperçu ses yeux verts émeraude brillants sous sa longue chevelure rousse tirant vers le rouge. Elle s’est relevée, confirmant l’impression que j’avais eu de prime abord: elle était très peu vêtue. Son accoutrement, assez improbable, était constitué d’une sorte de corset noir fait de lanières de cuir et d’étranges pièces de métal, ainsi que d’un élément vestimentaire assez indescriptible, lui aussi de cuir moulant, à mi-chemin entre la culotte et le mini-short. Elle me toisa un instant de son regard inquisiteur et me dit:

- Je suis le démon Abrahel. Je viens à toi car tu m’as invoquée.

Et là, au plus profond de moi j'ai pensé: merde, qu'est-ce que j'ai foutu...

Rédigé par Béranger Jouvelle

Publié dans #livre 1

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