12- Tony & Co
Publié le 31 Mars 2013
Je proposai à Abrahel de sortir par la porte de derrière. Lorsqu'elle le demanda pourquoi, mon regard se tourna en direction de la grande table près de l'entrée où je venais d'apercevoir Tony (de son vrai nom Antoine Duchaussoy) en compagnie de sa bande de potes; et je n'avais aucune envie de m'approcher d'eux. Je savais trop bien comment ça risquait de finir. Intriguée, Abrahel dirigea son regard dans la même direction de moi.
- Je rêve ou le Seigneur des Ténèbres à peur d'une bande d'ados ? me demanda-t-elle avec son tact habituel.
Elle m'attrapa par le bras et m'ordonna:
- Allez, avance. On sort par la porte principale.
- Mais... protestai-je.
Ma contestation s'arrêta là, faute d'argument supplémentaire.
Nous avançâmes donc dans leur direction. Pour le moment ils ne nous avaient pas remarqué. Tony et ses sbires, tous vêtus de polo de couleur pastel qu'ils portaient le col relevé, étaient visiblement occupés à parader devant les quatre pouffes qui leur tenaient compagnie (mon jugement de valeur concernant ces quatre jeunes filles se trouvait, je dois bien l'avouer, biaisé par l'aversion que j'éprouvais envers Tony). Ils parlaient bruyamment, les filles gloussaient en mettant leur main devant la bouche. Les mecs se tenaient dans une posture faussement nonchalante tandis que leurs groupies s'astreignaient à se pencher en avant à chaque fois qu'elles le pouvaient afin de mettre en valeur leur décolleté. Bref, une scène tout ce qu'il y a de plus banal un vendredi soir au Macdo. Ils ne prêtaient pas attention à nous et en arrivant à leur hauteur, je me dis qu'Abrahel avait raison et que mon attitude de tout à l'heure était ridicule et infondée. Cette vision optimiste des choses ne dura qu'une seconde ou deux car en passant devant leur tablée, j'entendis la voix nasillarde de Tony m'interpeler:
- Simon! Qu'est-ce que tu fous là mon pote? T'as vu l'heure qu'il est? Tu ne devrais pas être chez toi à dormir ou à jouer à World of Warcraft?
Ses pote se gaussèrent, les pouffes pouffèrent bien que visiblement toutes n'avaient pas compris ce qui avait été dit. Bien entendu, je ne répondis rien. Mais pour informations je n'ai jamais joué à World of Warcraft. Le regard de Tony se porta ensuite sur Abrahel.
- Mais dis-donc, elle est pas mal ta copine mon salaud. Dommage qu'elle s'habille comme ma grand-mère!
Gloussement des quatre filles qui cette fois avaient tout compris. Grisé par ce succès, Tony reprit sa tirade flamboyante:
- Dis-moi, est-ce qu'elle se déguise en elfe de la nuit quand vous baisez? Si t'as des photos, je tiens absolument à voir ça !
Nouvel éclat de rire général.
J'apprettais à faire ce que tout homme doté de mon niveau de courage fait dans ce genre de situation (partir sur la pointe des pieds la queue entre les jambes) lorsqu'Abrahel fit un truc assez incroyable: elle se tourna vers Tony et le regarda. Dis comme ça, ça n'a l'air de rien, pourtant je n'avais jamais rien vu de tel. Elle le fixa droit dans les yeux, d'un regard vénéneux qui consumerait n'importe quel homme de désir. L'espace d'un instant, Tony parut comme hypnotisé.
- Alors, je te fais penser à ta grand-mère ? lui demanda Abrahel d'une voix suave en s'avançant vers lui.
Tony, toujours scotché, la regarda s'approcher sans un mot. Tout le monde retint son souffle lorsqu'elle se pencha au-dessus de la table et approcha son visage de celui de Tony. Puis, d'une manière tout à fait imprévisible, la main d'Abrahel plongea en direction de l'entrejambe de Tony. Elle attrapa le paquet à pleine main.
- Et ça t'arrive souvent de bander en pensant à ta grand-mère ? fit-elle avec un sourire narquois.
Ils firent de leur mieux, mais les potes de Tony ne purent contenir leur hilarité. Ils riaient tout en tentant de se retenir, dans des mouvements évoquant des soubresauts hystériques.
Abrahel fit quelques pas en arrière, comme pour contempler la scène. Elle semblait en retirer une certaine satisfaction. Tony beaucoup moins:
- Ah ouais, tu trouves ça drôle...
Il se leva brusquement en bousculant la table, et attrapa Abrahel par le bras. Il la tira violemment dans sa direction:
- Alors sale pute, qu'est-ce que tu comptes faire maintenant? grogna-t-il.
Il avait l'air d'un chien enragé. Je tentai de m'interposer:
- Hé !
Mon intervention fut fort heureusement inutile (ce qui m'arrangeait puisque je n'avais aucune idée de ce que j'aurais bien pu faire après ce courageux "hé"), Abrahel ayant réagi avant moi. Tout sembla se passer en quelques fractions de seconde. Abrahel passa sa main derrière la nuque de Tony, l'empoigna et approcha son visage du sien. Moi qui m'attendais à ce qu'elle l'étripe sur place, je dois avouer que je fus assez stupéfait lorsqu'elle posa ses lèvres sur celles de Tony. Elle l'embrassait, cela ne faisait aucun doute, les vigoureux mouvements de langue dans la bouche de Tony en attestaient. Pourtant la scène n'avait rien de sexy, Abrahel donnait plutôt l'impression d’un prédateur en train de dévorer sa proie.
Lorsqu'elle le relâcha, il demeura debout les bras ballants, hébété. Toute sa hargne semblait s’être évanouie. Celle d’Abrahel, pas du tout:
- Eh bien, ne reste pas là comme un con! Et si tu allais plutôt que carrer ton Big-Mac dans le cul? suggéra-t-elle.
Elle m'attrapa ensuite par la main et m'entraîna vers la porte. Alors que nous sortions du Macdo, je jetai un dernier coup d'œil par-dessus mon épaule et entrevis une scène abominable: Tony, le pantalon baissé en train d'essayer de s'enfoncer un steak haché dans l'anus.