11- Dîner romantique
Publié le 27 Mars 2013
Abrahel commanda un maxi-best-of Big-Mac, tandis que j’optai pour un menu Mac Chicken.
- Alors, comment tu trouves ça? lui demandai-je après sa première bouchée.
- Dégueulasse. T’es sûr que c’est de la bouffe?
Elle paraissait être de bonne humeur. Du moins, plus que d'habitude. Nous étions installés sur une petite table au fond, aussi loin que possible du coin où des gosses jouent en se jetant dans un bac rempli de boules en plastique tout en hurlant. Assez loin également des grandes tables où s’installent habituellement les autres étudiants de ma fac. Bref, nous étions plutôt tranquilles. Il me sembla alors que le moment était opportun pour aborder un sujet épineux:
- Parle-moi un peu de ta vie... lui demandai-je.
- Je t’ai déjà dit qu’elle n’avait pas grand intérêt, me répondit-elle, tout en mâchant bruyamment un gros morceau de steak.
- Je sais, je sais, mais... j’aimerais quand-même en savoir un peu plus sur toi. Par exemple, de quel genre de pouvoirs tu disposes ou bien ce que tu as déjà accompli à part tuer le fils d’un berger.
Elle s’arrêta de mâcher et me refit le coup des gros yeux ronds.
- Tu as enquêté sur ma vie, me reprocha-t-elle (la bouche pleine).
Avant d’ajouter:
- Dis-moi, tu serais pas ce qu’on appelle un connard des fois?
Elle avait fait ça en postillonnant, et j’étais presque sûr qu’elle l’avait fait exprès. Je haussai les sourcils, en me demandant si elle avait déjà entendu l’expression “l’hôpital qui se fout de la charité”.
- Tu as fais la même chose sur moi aujourd’hui, lui fis-je remarquer.
- C’est vrai, concéda-t-elle en reprenant sa mastiquation de burger.
Une gorgée de coca plus tard, je repris mon interrogatoire:
- Alors c’est tout ce que tu as fait. Tuer un gosse...
Elle secoua la tête.
- Bien-sûr que non. T’as déjà entendu parler du massacre de Stovorde?
En observant ma moue dubitative, elle comprit rapidement que non.
- Ouais, fit-elle en fronçant les sourcils. C’est vrai que ça n’a pas été hyper-médiatisé.
Elle prit un air pensif en mordillant sa paille.
- Et le Titanic, t’en as entendu parler? me demanda-t-elle la sa paille coincée entre ses lèvres.
- Le Titanic? fis-je abasourdi. C’est toi qui es responsable du naufrage?
- Non, ça c’était l’iceberg. Mais j’ai tué un type à bord du bateau. S’il n’avait pas malencontreusement coulé, on parlerait encore aujourd’hui du mystérieux meurtre du Titanic.
Son tableau de chasse ne me semblait pas très garni. Je savais que je risquais de la braquer complètement, mais je me sentais obligé de lui faire la remarque:
- Comme Seigneur des Ténèbres, c’est vrai que je ne suis pas tout à fait au top, mais toi en tant que démon, on ne peut pas dire non plus que tu envoies du rêve.
Elle soupira.
- Oui, et bien il va falloir t’en contenter mon vieux. Tu vas devoir me supporter encore pas mal de temps.
Je ne comprenais pas très bien à quoi elle faisait référence.
- Qu’est-ce que tu veux dire? demandai-je un peu hésitant.
Elle engloutit une frite et m’annonça avec nonchalance:
- Nous sommes liés jusqu’à la mort. Enfin, ta mort à toi pour être précise. En m’invoquant, tu as comme qui dirait, signé un pacte.
- Hein?
- Mais rassure-toi, ça ne devrait pas être trop long. Ceux qui m’invoquent ne vivent en général pas très longtemps.
Et alors qu’elle commençait à piocher dans mes frites, je pensai une nouvelle fois: WTF!