10- Relooking extrême
Publié le 24 Mars 2013
Abrahel était atterrée. Pire encore. En fait, je ne trouve pas de mot assez fort pour dire à quel point son visage était décomposé.
- C’est une blague, n’est-ce pas? me demanda-t-elle sans détacher ses yeux du miroir.
Mais ça n’était pas une blague. Et ça n’était pas non plus une vengeance mesquine pour la punir de m’avoir embarqué dans cette galère. C’était simplement une nécessité.
Abrahel continuait de s’observer avec un profond dégoût . Qu’est-ce qui était le pire pour elle? La longue jupe en velours marron qui lui arrivait à mi-mollet? Le chemiser ample (pour ne pas dire informe) d'une couleur indéterminée tirant sur le beige? Ou peut-être gilet en laine verdâtre dans lequel elle semblait flotter? Il était difficile de trancher. Mais à n’en pas douter, le résultat dans sa globalité était pénible à voir, autant pour elle que pour moi.
- Tu sais, me dit-elle en se tournant vers moi, je me suis bien renseignée sur ton époque, et ça... C’est impossible! Personne ne porte des vêtements comme ça!
- Si, assénai-je. Ma mère.
Elle grimaça et me lança un regard noir:
- T’es le pire pervers que j’ai jamais rencontré. Et pourtant j’en ai vu des trucs dégueux dans ma vie...
Il était temps que je replace les choses dans leur contexte.
- Écoute, si on en est là ça n’est pas de ma faute. Tu crois que ça me fait plaisir de te voir habillée comme ça? Non, mais je n’ai pas d’autre vêtement féminins sous la main.
- Mes vêtements sont tout à fait féminins, rétorqua-t-elle. Et c'est ma tenue de démon. Ça représente beaucoup pour moi, c'est comme une seconde peau!
- Ne va pas croire que je n’aime pas ta tenue de démon. Je l’adore, je te le jure, c'est la vérité! De toute ma vie je n'avais jamais rien vu d'aussi excitant... Mais tu ne peux pas sortir habillée comme ça.
- Mais pourquoi?
- Pourquoi? Mais aucun resto n’acceptera de nous laisser entrer comme ça, et puis... Comme ça à première vue, ça ressemble plus à des sous-vêtements de dominatrice qu'à des habits pour sortir! Si tu te ballades comme ça dans la rue, au mieux tu te fais violer, et au pire je sais pas... enlever par un maniaque qui va te découper en morceaux et te donner à manger à ses caniches.
Elle soupira.
- Je ne sais même pas ce que c'est un caniche, m'avoua-t-elle d'un ton résigné.
- Écoute, dès demain matin on ira t’acheter des vêtements à ton goût, promis-je, mais pour ce soir, on a pas d’autre choix.
Elle se regarda une nouvelle fois dans le miroir et dès qu'elle aperçut son image, leva les yeux aux ciel. Il me sembla alors qu'il était temps de renoncer.
- Bon, laisse tomber, lui dis-je finalement. Tout ça c'était une mauvaise idée. Tu vas rester là et te rendre invisible. Moi je vais sortir et je dirai à ma mère que nous avons dîné ensemble. C'est ce que je comptais faire depuis le début mais je m'étais dit que tu avais peut-être envie de sortir, et que c'était l'occasion. Mais je me rend compte que c'était bidon comme idée...
Elle se tourna à nouveau vers moi, et pour la première fois depuis notre rencontre, elle m'adressa ce qui ressemblait à un sourire sincère.
- Non, tu as raison. Et j'apprécie tout ce que tu fais pour moi. Je vais porter ces habits de vieille pour la soirée. Je devrais pouvoir survivre à ça. Je crois que j'ai déjà fait pire.
- Comme quoi?
- Nous en parlerons une autre fois tu veux bien? Dis-moi plutôt où tu m'emmènes dîner.
- Euh... fis-je hésitant. Au Macdo?