9- WTF!
Publié le 20 Mars 2013
Comment en était-on arrivé là? Une petite discussion s’imposait.
- Attends... Qu’est-ce que... Pourquoi... Enfin je veux dire, comment...
Il m’était déjà arrivé de faire preuve de plus d’éloquence. Mais là, je prononçais les mots tels qu’ils me venaient; c’est-à-dire d’une manière plutôt désordonnée.
Tout ce que je voulais savoir au final, c'était ce qu'Abrahel avait bien pu faire (ou du moins, dire) pour se retrouver invitée à déjeuner. Je tentai donc de reformuler ma question pendant qu'Abrahel me regardait avec de gros yeux ronds:
- Ok, fis-je machinalement, pas de panique...
- Ne t'inquiète pas, on ne peut pas dire que je sois en train de paniquer.
- Je ne m'adressais pas à toi... intervins-je, agacé. Ce que je voudrais savoir, c'est pourquoi est-ce que ma mère t'a invité à déjeuner demain.
Elle me lança un regard dubitatif au beau milieu d’un silence qui sembla s'étirer puis elle me demanda:
- Et là, c'était à moi que tu t'adressais?
Après cette journée passée loin d'elle, j'avais oublié à quel point elle pouvait être insupportable.
- Oui c'est à toi que je m'adresse, à qui d'autre?
- C'est bon, calme-toi! C’était pas forcément évident... me dit-elle avec une moue pleine de commisération.
Je ne m'étais pas rendu compte que j'avais levé la voix. J'expirai longuement pour retrouver mon calme et je repris d'une voix apaisée:
- Je suis désolé. À présent s'il te plaît, dis-moi pourquoi ma mère t'a invitée à déjeuner demain?
- Parce que je lui ai dit que ce soir tu m'emmenais dîner au restaurant.
Je suis d'un naturel plutôt calme. Je ne me suis jamais battu, je ne m'énerve que rarement. Mais là, contre toute attente, je dus me mordre les lèvres pour ne pas lui hurler à visage toute mon incompréhension. Je réitérai la technique de l'expiration longue et bruyante afin de recouvrer mon calme et je lui demandai:
- Est-ce que nous pourrions reprendre au début?
- Oui, approuva-t-elle en hochant la tête. Je peux tout à fait concevoir que ceci te semble un peu confus pour l'instant... Tout à l'heure j'ai allumé ton PC pour faire quelque recherches. En me connectant sur internet, ça a ouvert ta page Facebook. C'est là que j'ai découvert ta non-existence de vie sociale. Enfin, là n’est pas la question. A peine me m’étais-je connectée qu’une fenêtre de chat s’est ouverte. C’était Marie-Geneviève, ta mère, qui disait: “tu n’es pas en cours?”.
En effet, pensai-je, cela ressemble tout à fait à ma mère. Abrahel continua son histoire:
- Au début je n’y pas prêté attention, mais comme je ne répondais pas, elle s’est mise à m’envoyer toute une série de message, de plus en plus menaçants... Un peu comme l’aurait fait un psychopathe.
La description d’Abrahel était de plus en plus évocatrice de ma mère...
- Alors je lui ai répondu un truc, continua Abrahel, du genre “vous faites erreur, je ne suis pas Simon, il a du se connecter sur mon PC la dernière fois qu’il est venu chez moi”. Et là, ça a été encore pire, elle n’a pas arrêté de me harceler. Elle voulait savoir qui j’étais, quand est-ce que tu étais venu chez moi, quel âge j’avais, ce que faisaient mes parents... Bref une vraie chieuse.
- Et qu’est-ce que tu lui as dit? demandai-je inquiet.
- Que j’étais ta petite amie et que tu étais sans doute trop timide pour lui parler de moi. C’est là qu’elle m’a invité à dîner ce soir. J’ai dit que je ne pouvais pas, elle a répondu “pourquoi?”, le lui ai dit que j’avais autre chose de prévu, elle m’a demandé “Quoi?” en ajoutant qu’elle espérait que je n’étais pas le genre de fille à traîner dans les bars ou en boite de nuit tard de soir. Là, je dois avouer que j’étais à deux doigts de l’envoyer chier d’une manière assez violente, mais, par égard pour toi, je lui ai juste répondu que tu m’emmenais dîner au restaurant. Elle m’a donc ordonné de venir déjeuner demain. Voilà, fin de l’histoire.
Alors qu’elle me racontait tout ça, je l’observais avec ses longs cheveux rouge et sa tenue de cuir moulante ultra-sexy et je me disais: non... ça ne va pas être possible...