7- Petit déjeuner & homicide

Publié le 13 Mars 2013

J'allai dans la cuisine saluai mes parents et mon frère en tentant de dissimuler tant bien que mal cette protubérance gênante au niveau de mon caleçon.

Ma mère, comme à son habitude, était déjà habillée et coiffée, sorte de paradoxe quotidien, puisque comme tous les jours, elle n'allait pas faire grand-chose de la journée (tout en se plaignant le soir venu quelle n'avait pas eu un instant à elle). Il fallait absolument qu'elle montre l'exemple. Et plus important encore, il fallait absolument qu'on la plaigne. Mon père, lui aussi était dans son rôle habituel: le mec qui essaye vaguement de faire comme s'il était à sa place. Dans son pyjama de soie qui lui donnait l'air d'un vieux beau, il faisait semblant de checker des e-mails pro sur son BlackBerry alors qu'il lisait discrètement le résumé du match France Angleterre. Mon frère complétait harmonieusement le tableau avec son pyjama ridicule et son affreuse coupe au bol. Et dire que j'en étais passé par là moi aussi...

- Tu as passé une bonne nuit? Me demanda mon père avec un clin d'œil.

Je haussai les épaules et attrapai au fond du placard le paquet de chocapics.

- Tu n'es pas trop vieux pour manger ça? Me demanda Jérôme qui me toisait du haut de ses huit ans.

Je haussai une nouvelle fois les épaules et m'emparai du lait sur la table. J'avais eu envie de lui faire un doigt, mais je n'avais pas le temps d'entrer en conflit avec ma mère ce matin.

- Assieds-toi, gémit-elle, comme si elle s'adressait à un idiot congénital.

- Pas le temps, dis-je. Je mangerai dans ma chambre en me préparant.

Ma mère soupira alors que je m'éloignais avec mon bol de chocapics. J'avais géré la situation d'une manière tout à dit admirable. Pas plus de deux phrases prononcées. Et Personne n'avait remarqué que j'avais embarqué deux cuillères.

 

Je faillis m'étouffer avec ma cuillerée de céréales lorsqu'Abrahel me demanda:

- Alors, qui est-ce qu'on tue en premier?

- Quoi? fis-je en postillonnant une nuée de petits copeaux de chocolat.

Assise en tailleur dans un coin du lit, portant toujours sa tenue douloureusement sexy, elle me lançait un regard plein de désinvolture, comme si elle était en train de parler de la pluie et du beau temps.

- C'est pour ça que tu m'as invoquée, non? me fit-elle remarquer. Tu n'avais pas pour projet de devenir le Seigneur des Ténèbres ?

- Euh... Si, concédai-je.

- Bon alors, qui est ce qu'on tue? Je propose ton frère, histoire de se faire la main...

Je tachai de calmer un peu ses ardeurs meurtrières. Je n'étais pas d'humeur à commencer la journée par un carnage dans la cuisine de mes parents.

- Donnons-nous un petit temps de réflexion, tu veux bien? On ne pourrait pas se faire la main sur des gens un peu moins... Proches, suggérai-je.

- Qui par exemple?

- Je sais pas, on pourrait commencer par des coins super éloignés où ses gens qu’on ne connaît pas vivent une existence de merde, comme... Je sais pas, l'Afghanistan ou la Meurthe-et-Moselle...

- C'est ça ton ambition, se gaussa-t-elle, devenir le seigneur suprême de la Meurthe et Moselle?

- Non, c'est juste que... Tuer des gens, c'est chaud. Je suis pas sûr d'être tout à fait prêt...

- Mais tu croyais quoi en me faisant venir? Que j'allais me contenter de mettre du poil à gratter dans le slip de tes potes?

- Non, bien sûr. Enfin, si tu es capable de ce genre de trucs, on pourrait commencer par ça dans un premier temps.

- Non, assena-t-elle fermement.

Je baissai les yeux, un peu honteux. J'avais conscience de ne pas être à la hauteur.

- Écoute, me proposa-t-elle, on va procéder par étapes ...

Rédigé par Béranger Jouvelle

Publié dans #livre 1

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